LES BABOUCHES INUSABLES D'ABOU-CASSEM




Pièce de théâtre imaginée, mise en textes, en scène, et jouée (bien sûr !) par les élèves de 5B du collège René Char de St-Joachim (44) en juin 1994
 - d'après le conte éponyme des Mille et Une Nuits -

Texte libre de droits
Proverbes
- D'un invité qui s'incruste chez un hôte : "Il a le sang lourd comme les babouches d'Abou-Cassem !" - D'un professeur qui se croit drôle :  "Il a l'esprit lourd comme les babouches d'Abou-Cassem !" - Un porteur  ou un docker pouvait dire : "Qu'Allah maudisse le propriétaire de cette charge ! Elle est lourde comme les babouches d'Abou-Cassem !"
- D'une vieille femme voulant empêcher les jeunes filles d'un harem de s'amuser, on disait : "Qu'Allah éborgne la calamiteuse ! elle est lourde comme les babouches d'Abou-Cassem !" - D'une digestion difficile : "Allah me délivre ! Ce repas est lourd comme les babouches d'Abou-Cassem !" http://www.izegem.be/toerisme/musea/schoeiselmuseum/graphics/
Les illustrations ci-dessous proviennent également de ce musée : http://www.izegem.be/toerisme/musea/schoeiselmuseum/graphics/


Tableau  N°1

Shéhérazade
- Il m'est revenu que jadis vivait au Caire un riche marchand de parfums qui se nommait Abou-Cassem.... (voir le début du conte dans Les Mille et Une Nuits traduites par Mardrus et éditées chez R. Laffont dans la collection Bouquins)

Il marche dans la rue, ses babouches sur le dos et s'arrête souvent pour se tourner vers les spectateurs.

ABOU-CASSEM
- Comment vais-je pouvoir fêter dignement cet événement ? Est-ce que je vais m'acheter du riz basmati "Ben Soussan" ? Non, ne soyons pas si avare ; je vais plutôt offrir un festin aux marchands du Souk... N'y pensons plus, c'est trop cher !

Il voit l'entrée d'un hammam.

ABOU-CASSEM - Le hammam ! Ca c'est une idée. Qu'Allah me parfume, ce sera la première fois que j'irai prendre un bain, je m'en réjouis par avance... Et ne dit-on pas qu'on n'oublie jamais la toute première fois ?

Il s'avance vers le guichet.

ABOU-CASSEM - La paix sur toi, mon frère ! je voudrais prendre un bain dans ton établlissement ; puis-je entrer ?
CAISSIER - Qu'Allah te bénisse, mon frère ! Tu es ici chez toi... C'est 100 dinars.
ABOU-CASSEM - 100 dinars ? Par Allah, c'est pas donné !
CAISSIER - Qu'est-ce que tu crois, mon frère, ce n'est pas écrit "Ali-Baba",  là !
ABOU-CASSEM - Mais c'est cher!
CAISSIER - Non, c'est pas cher, mon frère, c'est pas cher !
ABOU-CASSEM - Pour ce prix, j'espère que je vais briller comme un Louis d'or !
CAISSIER - Gardien ! Rangez ces... comment dirais-je ? ces... heu... sortes de chaussures !
MASSEUR 1 - Oh ! Quelle puanteur ! c'est une véritable infection ! Il pue des pieds ce client !
MASSEUR 2 - Mais c'est bien sûr ! Aux grands maux, de grands remèdes ! Holà ! Qu'on nous apporte un paquet de Super-Vizir !

Quatre ou cinq vizirs richement vêtus et portant un "S-V" sur la chemise, apparaissent derrière un rideau à gauche du décor. Ils ont l'air de ne pas comprendre pourquoi ils sont brusquement au hammam.

ABOU-CASSEM - Non ! Pitié ! Par Allah ! Si vous voulez y mettre vraiment la dose, je préférerais la Vizirette !

Le rideau de gauche se ferme brusquement tandis qu'un autre s'ouvre à droite. Une poursuite blanche éclaire une jeune fille coiffée d'un véritable bouchon de lessive. Elle prend une pose de star et s'avance pour chanter:

VIZIRETTE (Elle fait des gestes vers le public sur une musique rapide)
- Vizir ultra conservateur
Lave propre et frais en profondeur.
(puis elle montre son chapeau)
- Et maintenant
Super Vizirette
Nouvelle formule
Blanchit les chaussettes
Et même le... pull !

NOIR
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Tableau  N°2

Un figurant traverse la scène avec une pancarte en carton sous le bras : "PENDANT CE TEMPS". Le gardien, faisant des gestes de rappeur devant de nombreuses babouches :

Gardien
- Oh ! C'est pas vrai, j'le crois pas ! Les babouches d'Abou-Cassem ! (Il se bouche le nez.) Qu'Allah me parfume, elles empestent l'entrée et attirent les mouches !

Il les porte dans un coin de la scène, une par une, en continuant à se boucher le nez. Le même figurant retraverse la scène en sens inverse avec, sous le bras, une autre pancarte : "LE SOIR". Abou-Cassem, sortant  du hammam tout courbattu mais visiblement heureux, respire un grand coup, s'étire avec satisfaction puis se dirige vers l'emplacement où devraient se trouver ses babouches. Il se fige, stupéfait :
Abou-Cassem - Eh ben ? Mes babouches ? Par quel miracle avez-vous cette belle couleur ?

Il se penche et les ramasse pour les examiner avec admiration.

Abou-Cassem - Ah ! C'est de la belle ouvrage ! Et puis... Oooh ? Ce bouton rouge ? Ce sont des "Pump" ! Au nom d'Allah, ce sont donc les fameuses Addidas-Abéba ! Je n'en avais jamais vu d'aussi belles ! C'est un don du Ciel ! Merci, merci Allah-Tout-Puissant !

Abou-Cassem s'éloigne.
NOIR
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Tableau  N°2

Le Cadi est accompagné par deux gardes. Il sort du hammam.

Cadi - Je me suis bien décrassé aujourd'hui, les masseurs ont des doigts magiques !

Il s'adresse au garde N°1.

Cadi - Bon ! Toi, va me chercher mes pantoufles au lieu de prendre racines !
Garde N°1 - J'écoute et j'obéis ! Tes désirs sont des ordres, ô Cadi !

Il se dirige vers les babouches à demi-cachées à l'autre bout de la scène, les voit, et cours dire au Cadi :


Garde N°1 - Maître, maître, tes pantoufles !
Cadi - Oui, quoi, mes pantoufles ? Parle ! Où sont-elles ?
Garde N°1 - Elles ont disparu ! je n'ai pu trouver que ces vieilles babouches !

Le Cadi s'approche des babouches et marque sa stupéfaction.

Cadi - Les créations d'Allah prennent des formes parfois étonnantes... Ces babouches ont visiblement  pas mal d'heures de vol et ... je les reconnais ! Ce sont les babouches d'Abou-Cassem ! Ah ! Ce rat, il a pris mes pantoufles ! Retrouvez-le, il se dirige certainement vers le Souk !

Les deux gardent se précipitent dans la direction montrée par le Cadi, mais au bout de quelques pas, ils ne courent plus et discutent.

Garde N°2 (Râlant) - Le Cadi nous envoient toujours faire ce genre de besogne ! Il est trop fainéant ! Qu'Allah maudisse ce Cadi rouillé ! On n'est pas aux pièces !
Garde N°1 (Même jeu) - C'est vrai, nous, nous faisons nos commissions seuls, sans Cadi ! ah ! Voilà les pantoufles !
Garde N°2 (Autoritaire) - Arrête-toi, ô mécréant ! Au nom du Cadi (qu'Allah veille sur lui et autour de lui !), tu n'es qu'un méprisable voleur de pantoufles, et celles-là ne t'appartiennent pas !
Abou-Cassem (Surpris) - Mais je vous jure que je n'ai rien fait ! Ces pantoufles, c'est Allah qui me les a données en remplacement des miennes. Je n'y comprends rien, les voies du Tout-Puissant sont imprénétrables !
Garde N°1 - A d'autres ! Misérable lombric du Nil ! On va te mettre au parfum !

Le garde N°1 s'approche d'Abou-Cassem et lui tend les babouches.
Garde N°1 - Et ça, ce sont mes boucles d'oreilles ?
Abou-Cassem (Horrifié) - Mes babouches !
Garde N°2 - Et les pantoufles que tu as volées sont celles de notre maître, le Cadi de la ville ; c'est lui qui nous envoie ! Ton compte est bon, chien nauséabond !
Abou-Cassem (Suppliant) - Oh pitié ! Je vous en conjure, je ne savais pas ! Ne me jetez pas en prison ; je vais vous rendre ces pantoufles !
Garde N°1 (Après avoir échangé un regard entendu avec son compagnon) - Nous te connaissons, par Allah, et nous pouvons nous montrer compréhensifs. Si tu abandonnes ces pantoufles à terre, nous dirons au Cadi que nous les avons retrouvées... sans le voleur...
Garde N°2 - Mais tu partiras le coeur plus léger si tu te délestes aussi de cette bourse...
Abou-Cassem (Effondré) - Bouh hou hou ! Ah, le pendant de Turc, m'assassiner de la façon. Quel malheur !

Il pose les pantoufles et il crie et pleure en donnant sa bourse avec regrets. Les gardes lui jettent ses babouches. Abou-Cassem trépigne tandis que les gardes - hilares - s'éloignent.

Abou-Cassem - Ah ! maudites babouches ! Je préfère encore me débarrasser définitivement de vous et marcher pieds nus par la ville comme un mendiant que de subir à nouveau une telle humiliation ! Voilà !

Il lance ses babouches dans l'eau. On entend un plouf et un glou-glou. Quelques figurants-passants se penchent pour voir ce qui a été jeté.

NOIR
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(Bientôt la suite !)

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